Troublante image que celle de Martine Aubry intervenant, ce mercredi soir, à la télévision. La Première secrétaire du PS était invitée de David Pujadas sur
France 2 pour
commenter le discours de politique générale de François Fillon qui aurait, dit-on, jeté au feu ses habits de simple
« collaborateur » de Nicolas Sarkozy pour devenir, enfin,
après trois années passées à Matignon, un Premier ministre « vrai de vrai », plein et entier. Un « hyper Premier ministre » qui ferait office de contrepoids à
l’hyper Président, ose même certains commentateurs politiques enclins à l’optimisme.
Reste que face à l’intervention de François Fillon
(dont on sent déjà qu'il
a du mal à se libérer du joug de Nicolas Sarkozy), Martine Aubry, une nouvelle fois, n’apparaissait, pas comme une hyper-proposante. Opposante ? Oui. La critique de
l’action de François Fillon qu’elle formule est juste. Mais aussi juste que les mesures qu’elle avance en retour sont inexistantes. Ou déjà-vues… Pour lutter contre le chômage
galopant et la baisse plus que rampante du pouvoir d’achat,
« on peut faire une politique industrielle qui aide les PME », a-t-elle avancé. Intéressant, cet
appel du pied aux petits entrepreneurs pour une responsable socialiste. Un joli coup même quand on imagine un duel avec dans le coin gauche une Martine Aubry « défenseur des
PME et de ses salariés » et dans le coin droit un Nicolas Sarkozy « ami des puissants du CAC 40 ». Intéressant. Mais déjà fait.
Dès le mois de mars dernier…
De la constance, diront ses soutiens, voilà tout. De
la constance qui ressemble fort à du sur-place. Ce sur-place dans lequelle elle s’est enfermée depuis quelques mois maintenant. Engoncée dans son rôle de Première secrétaire,
« hollandisée » en quelque sorte, Martine Aubry ne propose plus rien, et se contente de se poser en gardienne des équilibres fragiles du Parti socialiste. Un coup en faveur
de son aile gauche. Un coup à droite. Et au milieu coule une Martine Aubry…
La tasse, elle l’aura
bue, surtout, lors du mouvement contre la réforme des retraites. La première des socialistes n’aura pas réussi à capitaliser sur le sentiment d’injustice pourtant clairement
identifié par le PS.
Et
le calendrier des
primaires auquel (elle l’a redit sur l’antenne de
France 2) elle a décidé de ne pas toucher ne va pas l’aider. Le dépôt des candidatures des postulants aura
lieu en juin 2011 ; la « bataille » entre eux suivra à la rentrée.
Un tempo tout à l’avantage de DSK. Un tempo qui, surtout, va la contraindre à s’enfermer dans un rôle qui commence à ressembler furieusement à celui qu’a joué
Fillon auprès de Sarkozy. Comme si Aubry était en train de tirer un trait sur une possible candidature en 2012 et commencer, lentement mais sûrement, à s’installer dans les habits
de simple « collaboratrice » de « l’hyper absent » DSK. Côté strauss-kahnien, on ne voit en tout cas vraiment pas d’un mauvais œil la séquence qu’Aubry est en train de
traverser…