Overblog Tous les blogs Top blogs Associations & ONG
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
MONTCHANIN-BLANZY CANTON 71

-actualités région de Montchanin Blanzy canton 71 associations locales annonces

Publicité

Hôpital public, service minimum à plein temps-le coin de presse

 

coin de presse

 

Hôpital public, service minimum à plein temps

La situation du personnel au sein des hôpitaux publics inquiète la blogueuse Bah !? by CC. Elle fait part d'un mail reçu d'une infirmière qui dénonce la situation de sous-effectif constant. Elle regrette aussi qu'on en parle peu dans les médias et évoque la pression qu'elle subit au travail.


Hôpital Bichat - Wikimedia commons - AntonyB - cc
Et il y a de quoi être inquiet...

Je partage avec vous un témoignage reçu par e-mail...

« Je suis assez catastrophée en ce moment, car dans aucun média, aucune presse, même dans les discours de nos chers politiques, personne ne parle de ce qui se passe du côté de l'hôpital public... Et pourtant, moi qui le vis de  l'intérieur, je vous garantis qu'il y a de quoi sauter au  plafond (peut-être autant que les fautes d'orthographe dans  ce mail, je m'en  excuse...!).

Tout ce qui va suivre est un peu compliqué, peut-être, mais nécessaire pour vous expliquer ce qui se passe sur le  terrain.

Je  suis infirmière dans un service de Médecine adulte (Médecine interne et thérapeutique, pavillon 5, hôpital Bellevue à Saint-Etienne) avec une capacité d'accueil de 21 patients, dont  95% est muté directement des urgences. Autrement dit, la  plupart ne sont pas encore très stabilisés sur le plan  médical et ont donc besoin d'une surveillance étroite et efficace de la part des infirmiers et aide-soignants. Les  femmes de ménage (ASH) ont elles aussi un rôle important, car au détour d'un couloir ou pendant qu'elles nettoient une  chambre, elles peuvent être les premiers signaux d'alarme d'un patient en détresse. Sans parler de leur travail  primordial pour assurer l'hygiène des services, rôle majeur dans la lutte des infections nosocomiales.

Nos  équipes s'organisent ainsi (les équipes de jour et de nuit sont indépendantes, je ne travaille que le jour, matin-soir) :

- 2  infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le matin
- 2  infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le soir
- 1  infirmière + 1 aide-soignante la nuit

Ceci est ce qu'on appelle le service minimum, autrement dit, c'est le minimum réglementaire pour assurer la sécurité des patients. Or il faut savoir que nous n'avons jamais de  personnel en plus et que la tendance actuelle est de nous faire tourner en sous-effectif de manière presque  systématique les soirs et les weekend, soit un seul infirmier pour 21 patients.

Depuis deux mois, une de mes collègues infirmières a démissionné et n'est pas remplacée, une autre est en arrêt de travail qui risque d'être prolongé et n'est pas non plus remplacée. Nous ne sommes donc plus que six infirmiers au lieu de huit à assurer un roulement sur quatre semaines, jours de  semaine, weekend et fériés compris. Alors, nous effectuons un puis deux puis trois weekend supplémentaires (nous en travaillons  déjà deux sur quatre habituellement) et ainsi de suite pour que le  service tourne, avec des jours de repos qui sautent et des alternances de rythme incessantes. Si bien qu'il devient impossible de prévoir quoi que ce soit en dehors de la vie au CHU, sous peine de devoir annuler au dernier moment pour cause : boulot !

Samedi dernier, une autre collègue s'est arrêtée et, étant la seule infirmière du soir, il n'y avait donc personne pour prendre la relève du matin... C'est un infirmier des urgences qui a été détaché de son service pour venir dans le nôtre, qui a assuré les soins de nos 21 patients, alors qu'il ne les connaissait pas, et qui a dû faire face en plus à une situation d'urgence vitale de l'un d'eux...

Une des ASH est arrêtée depuis un an en étant remplacée de manière très ponctuelle, obligeant les trois ASH restantes du service à se partager un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, weekend et fériés compris. Leur tâche est de nettoyer à elles seules, tous les jours, la totalité des 16  chambres du service de fond en comble (vitres, mobilier, murs, WC), les bureaux médicaux, les pièces de vie (office,  douche, WC, couloirs), la salle de  soins...

Il  faut savoir que le CHU de St-Etienne est en pleine réorganisation, puisqu'un gros complexe est en fin de construction à l'hôpital Nord, promettant, parait-il, des technologies de pointe, des locaux modernes et surtout des soins efficaces et de qualité...

Alors expliquez-moi comment être à la hauteur de ces exigences  quand le personnel est déjà largement en sous-effectif? L'hôpital refuse d'embaucher, car déficit budgétaire, mais préfère faire appel à l'intérim, qui coûte plus cher que des  contractuels...

Hier, j'étais normalement en 'repos' et j'ai passé une bonne  partie de ma journée à démarcher la Médecine du Travail, les  syndicats et à parler avec notre chef de service, pour essayer de trouver des solutions pour que notre direction nous entende...

Nous  sommes par chance soutenus par notre chef de service, qui  connaît la valeur de notre travail et sait que nous ne  protestons pas pour rien. Il nous connaît suffisamment pour lui même remuer ciel et terre pour qu'on s'occupe du sort  des soignants à l'hôpital. Il nous soutient par ce que lui-même est très inquiet de la situation et voit notre gouvernement asphyxier le service public hospitalier, or lui a choisi de travailler au CHU par foi en ce service public et dans le respect du serment d'Hippocrate.

Je dors très mal et pour être honnête je pense au boulot constamment. J'ai peur que le stress me fasse oublier un soin, que la pression m'empêche de prendre le temps avec un patient déprimé, que la fatigue me fasse faire un mauvais calcul de dose, administrer un produit au mauvais patient...  J'ai peur que ce métier que j'aime me transforme en assassin, involontairement, par ce qu'on aura laissé la  situation se dégrader. Parce que nous sommes tous responsables : je suis l'infirmière d'aujourd'hui mais nous sommes tous les patients de demain. VOUS pouvez être au bout de ma seringue, ou votre mari, votre enfant. Je  vis l'insécurité dans mon travail, alors que je le maîtrise pourtant. Mais je suis humaine avant tout.

Vous serez ceux qui pâtirez du manque de soignants dans les services : je n'aurai pas pu prendre le temps de vous donner des nouvelles du patient que vous aimez, je n'aurai pas pu gérer deux situations d'urgence à la fois... Faut-il attendre  qu'il y ait des morts pour réagir et prendre conscience de ce qui se passe dans les  hôpitaux ???

Aujourd'hui, j'ai besoin de vous. Merci de bien vouloir transférer ce  mail de manière la plus large possible, pour informer le  plus de monde possible. Si vous connaissez des personnes du  monde hospitalier, journalistique, politique ou autre,  n'hésitez pas à les solliciter.
 
Il faut se mobiliser en masse pour être plus efficace, moi toute seule, je n'intéresse personne.

Merci  pour votre attention!
»


Mardi 22 Février 2011
Bah !? by CC - Blogueuse associée


Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article