A priori, le paysage politique s’est éclairci : le PS a enfin un candidat, François Hollande. Le président de la République n’est pas encore officiellement candidat, mais c’est tout comme –
on a vu l’autre soir à la télévision comment il a chargé sévèrement les socialistes, leurs 35 heures et leur retraite à 60 ans. Quant aux ex-candidats préférés des médias – Dominique
Strauss-Kahn au PS, Jean-Louis Borloo au centre et Nicolas Hulot chez les Verts – ils se sont mis (ou ont été mis) hors jeu.
Bref, à entendre certains commentateurs, l’élection présidentielle ne se limiterait déjà plus qu’à un duel Hollande-Sarkozy. Pour les autres candidats, circulez, y’a rien à voir ! Le scénario
piège par excellence, dans lequel les médias et les états-majors du PS et de l’UMP ont pris l’habitude de se précipiter la tête la première, élection après élection, scrutin après
scrutin…
Souvenons-nous de la gifle infligée à Edouard Balladur que les médias avaient vu trop beau ! Souvenons-nous du fiasco historique de Lionel Jospin en 2002. Souvenons-nous aussi de la campagne
pour le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen où tous les éditorialistes étaient favorables au « oui », où le « oui » devait l’emporter haut la main et où
finalement le « non » sortit vainqueur avec une confortable avance !
Ce serait une grave erreur de penser que l’élection présidentielle est déjà pliée. Ou, pire, qu’elle va se jouer uniquement entre les deux candidats du PS et de l’UMP. Comme si la primaire
socialiste, au fond, avait remplacé le premier tour de l’élection présidentielle et qu’il ne restait plus qu’à départager les finalistes du second tour. Encore faut-il se qualifier pour ce
second tour ! Et là, gare aux surprises !
Depuis quelques mois, la patronne du FN semble stagner dans les sondages. Mais elle stagne haut, très haut : entre 16 et 19% selon les instituts. D’autant que derrière la crise financière
pointe une colère sociale qui peut lui profiter : le chômage n’a-t-il pas franchi la semaine dernière la double barre symbolique de 3 millions de chômeurs et de 5 millions d’inscrits à Pôle
Emploi ?
Cette colère sociale peut aussi profiter à Jean-Luc Mélenchon. Son Front de gauche a déjà raillé de la carte électorale le NPA d’Olivier Besancenot dont le successeur, Philippe Poutou, n’a
toujours pas réussi à embrasser la notoriété. Surtout, l’on a vu, lors de la primaire socialiste, le succès remporté par les thèses d’Arnaud Montebourg qui ne sont pas si éloignées que ça de
celles de Jean-Luc Mélenchon. Donc, prudence…
Et puis, il y a François Bayrou. Certes, pour le moment, il plafonne à 8-9% ; certes, il sort d’une traversée du désert de quatre ans ; certes, il est isolé… Mais il bénéficie du triple
désistement de DSK, de Hulot et de Borloo. Bien sûr, il aurait préféré affronter Martine Aubry plutôt que François Hollande. Mais si, entre Sarkozy et Hollande, aucun autre candidat centriste
ne se présente, lui aussi pourrait bien créer la surprise.
En tous cas, par respect pour la démocratie et le vote citoyen, instruit des exemples du passé, les médias seraient bien avisés de ne pas faire comme si tout était déjà joué d’avance et comme
si il n’y avait déjà plus que deux candidats : Nicolas Sarkozy et François Hollande. Cela éviterait à tous bien des désillusions.