-actualités région de Montchanin Blanzy canton 71 associations locales annonces
9 Avril 2010


La question est un classique des lendemains de défaite électorale. Et la majorité, après la déroute des régionales, n'y coupe pas. Faut-il modifier les modes de scrutin ? À commencer par celui des prochaines législatives ?
Les premiers concernés, les députés, ont vite fait leurs comptes. Selon les modes de calcul, la prise en compte des résultats au premier ou au second tour des régionales, l'ancien ou le nouveau découpage des circonscriptions, sans oublier leur état d'esprit du moment, les estimations sont au mieux alarmistes ou pire catastrophiques pour l'UMP et ses alliés.
Au groupe, on constate que les listes de la majorité n'ont totalisé plus de 50% au second tour des régionales que dans 28 circonscriptions, après redécoupage. À l'UMP, d'autres estiment qu'un quart des 317 députés du parti présidentiel sont aujourd'hui menacés. Un calcul qui se rapproche de celui de l'Observatoire de la vie politique, qui évalue qu'environ 80 sièges basculeraient à gauche.
La crainte des députés est de voir des triangulaires fatales se multiplier avec le Front national, comme aux législatives de 1997. Aux régionales, le parti de Jean-Marie Le Pen a contraint la majorité à 12 triangulaires. Pas étonnant dès lors que deux députés de l'UMP, élus des régions où le FN a réalisé ses meilleurs scores (Provence-Alpes-Côte d'Azur et Nord - Pas-de-Calais), se préparent à déposer chacun une proposition de loi visant à interdire les triangulaires. Éric Ciotti (Alpes-Maritimes) et Christian Vanneste (Nord) avancent que la légitimité d'un élu doit reposer sur une majorité absolue. Une initiative approuvée par les radicaux qui souhaitent « que seuls les deux candidats ou les deux listes arrivés en tête au premier tour d'une élection puissent participer au second ».
Au gouvernement, ces propositions sont reçues avec circonspection. Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, assure avoir «entendu ceux qui plaident pour une harmonisation des scrutins sur celui de la présidentielle». Le secrétaire d'État à l'Intérieur, Alain Marleix, se dit, «à titre personnel, favorable au scrutin majoritaire à deux tours secs, avec deux candidats seulement au second tour». De toutes façons, explique-t-on Place Beauvau, «si les parlementaires le veulent, ils n'ont pas besoin de nous». Et pour cause : la proposition de loi d'Éric Ciotti aurait d'ailleurs déjà reçu plus de 200 signatures.
Hortefeux et Marleix prennent cependant bien soin de relativiser les estimations qui surgissent çà et là. Selon les calculs de la Place Beauvau à partir des régionales, aucun candidat arrivé troisième ne pourrait se qualifier au second faute de réunir les 12,5% des inscrits nécessaires, en raison du fort taux d'abstention.
« Commençons déjà par le faire pour les territoriales »
«N'essayons pas une fois encore d'aller trop vite», prévient cependant le président du comité de la majorité, Jean-Claude Gaudin, qui ne souhaite pas que l'on touche au mode de scrutin pour 2012. «Casser un thermomètre pour ne plus sentir la température est une mauvaise idée, explique pour sa part le président du Nouveau Centre, Hervé Morin. On ne lutte pas contre un mouvement en empêchant les triangulaires.»
La question des triangulaires pourrait s'inviter dans l'autre débat électoral : celui qui concerne le mode de scrutin des futurs conseillers territoriaux pour lequel la gouvernement a présenté un système majoritaire à un tour avec une dose de proportionnelle. «Avec ce mode de scrutin, nous aurions gagné une, voire deux régions de plus, mais pas à la Réunion», pointe-t-on à l'UMP. «Les Hauts-de-Seine auraient basculé à gauche, c'est certain», calcule un autre. Le Parlement pourrait préférer à ce mode de scrutin un plus classique : deux tours, comme pour les cantonales aujourd'hui. Avec ou sans triangulaire ? «Je ne sais pas, concède Gaudin, mais si on devait les interdire, commençons déjà par le faire pour les territoriales avant de tirer des plans sur la comète.»
« Mon boulot ? Vendre de faux espoirs à des gens qui n'en veulent plus ! » C'est ainsi que l'auteur de Confessions d'une taupe à Pôle emploi, conseiller au sein de cet organisme issu de la fusion entre l'ANPE et les Assedic, décrit son métier. Lui-même ancien demandeur d'emploi arrivé quasiment en fin de droits, il est aujourd'hui confronté à la colère des chômeurs à qui Pôle emploi ne trouve pas de boulot, et qui parfois perdent les pédales au point d'agresser leurs conseillers.
Et l'auteur de décrire les difficultés des conseillers Pôle emploi : les offres d'emploi inexistantes, le trop grand nombre de dossiers à suivre (lui-même doit s'occuper de 198 demandeurs d'emploi), la gestion ratée de la fusion... « Le malaise est grandissant. Nous nous sommes mis plusieurs fois en grève. Beaucoup d'entre nous sont épuisés, débordés. Il y a eu des suicides. »
De leur côté, les chômeurs se sentent mal considérés, maltraités, roulés dans la farine. Comme le reconnaît le tout premier rapport annuel remis par le médiateur de Pôle emploi, certaines pratiques du service public de l'emploi sont peu respectueuses à leur égard et mériteraient d'être améliorées. Le rapport fait ainsi mention de plusieurs cas où le service « prévention des fraudes » de Pôle emploi a arrêté le versement de l'indemnisation chômage, sans qu'aucune fraude n'ait été avérée. Le médiateur prône donc d'informer préalablement les personnes concernées de décisions d'arrêt de versement, par lettre recommandée avec accusé de réception, en leur demandant des informations complémentaires et des explications, afin d'« éviter les erreurs d'appréciation ».
De manière générale, le médiateur recommande plus de « bon sens et d'humanité » dans l'application des textes et de la réglementation, parfois trop pris au pied de la lettre sans tenir compte de la situation particulière des personnes. Il souhaite également que les courriers aux usagers soient revus pour devenir plus « respectueux des personnes ». « Il y a beaucoup de courriers-types préimprimés d'une telle sécheresse qu'ils sont vécus comme une agression » par les chômeurs, estime-t-il.
Au final, le médiateur recommande de « remettre la personne, avec toute sa complexité et sa singularité, au centre ». Les axes de progression sont de fait possibles pour aller dans ce sens et ainsi améliorer les relations entre les chômeurs et le service public de l'emploi. Mais sans doute faudrait-il aussi envisager d'augmenter encore les moyens humains et financiers de Pôle emploi. Au moins jusqu'à ce que les créations d'emplois repartent réellement.