Les grands entretiens matinaux radiophoniques peuvent
parfois nous réserver des moments d’anthologie. Ainsi, mardi matin, chez Aphatie, Henri Guaino qui participa à la rédaction d’un des discours les plus intelligents contre la monnaie
unique (1), se félicitait que le Prince qu’il conseille aujourd’hui, ait, selon lui, sauvé… la monnaie unique. Il parla même de « désastre évité ». Comme dirait un copain qui
l’a bien connu : « Tout le monde se trompe sur Guaino, ce n’est pas un idéologue, c’est un stratège ». On ne saurait mieux dire, et de manière élégante, que ce ne sont pas
-ou plus ?- les convictions qui guident le bonhomme.
Sur Europe 1 en revanche, ce n’est pas sur l’interrogé que nous apprenons le plus mais plutôt sur l’interviouveur. Alain Minc a été suffisamment vilipendé par mes soins pour que j’en
rajoute aujourd’hui une couche. En revanche, Marc-Olivier Fogiel, qui a longtemps eu la réputation d’un roquet ne lâchant jamais les mollets de sa proie (2), a servi une soupe des
plus onctueuses à son invité, laquelle ferait rougir Michel Drucker même après deux heures de compliments énamourés à Rama Yade. Il faut dire que le conseiller occulte officiel avait
flatté l’animal dès la trente-huitième seconde avec un « vous êtes un bon chien-ch… européen ». Ensuite, les questions furent autant de balles données sur le coup droit
de Minc à l’entraînement :«Mais vous, vous n’avez pas peur de le dire» ; «Hum hum, (le bouclier fiscal), c’est une goutte d’eau». Lorsqu’il ne relève pas non plus
une énormité telle que «Ségolène Royal était à 54 % en janvier 2007», peut-on considérer cela comme de l’incompétence ou de la connivence ? Enfin, en conclusion, nous n’avons
pas échappé à ce remerciement en forme de donnage de papatte : «Merci Alain Minc d’être venu décrypter pour nous l’économie.»
Que Minc ait une grande influence sur la prochaine éventuelle nomination de Bompard à France Télévisions, et donc la libération de la place de directeur d’Europe 1, ne peut être
-rassurons-nous- qu’une coïncidence fortuite avec un tel assaut d’amabilités.
1. Discours pour la France, Philippe Séguin Grasset, Mai 1992 ↑
2. A tel point que lorsqu’il fut guignolisé, une hyène l’accompagnait toujours. ↑