Délégués de la fonction publique d'Etat, cadres et agents
de la territoriale: ils étaient venus en nombre au 47ème congrès de la CFDT à Tours, porteurs d'un malaise existentiel.Celui de fonctionnaires qui déplorent de ne plus avoir les
moyens d'exercer en toute indépendance leurs missions et dénoncent la politique du gouvernement qui, au fil des mois, dans le cadre de sa révision générale des politiques publiques
(RGPP), supprime la moitié des postes libérés par des départs en retraite. « On nous fait passer pour des dinausaures mais on n'était pas là pour défendre égoïstement nos
acquis, insiste Eric Arriailh-Sillex, responsable à Bordeaux de la SAED. Nous aussi, sommes les premiers à prôner la modernisation de l'Etat. Nous voulions seulement attirer
l'attention de notre Confédération sur la mise en danger des missions. » Afin d'illustrer ce dilemme dans lequel se débattent nombre de ses homologues, il a donc interpellé
les congressistes sur la situation dégradée des personnels de la défense qui, saignés à blanc par 70 000 suppressions de postes, ne parviennent plus à imposer une gestion au meilleur
coût à leurs contractants privés, avionneurs, fabricants d'armes ou délégataires de transports, faute de pouvoir les contrôler ou les suppléer. « Le transfert vers le privé
des emplois publics nuit déjà à la présence de l'Etat. La CFDT doit prévenir cette dérive » a martelé l’élu girondin.
La défense n'étant pas seule concernée, sa collègue Marielle Dussol, secrétaire d'Interco 33, un syndicat de fonctionnaires des collectivités locales, confiait aussi, en aparté, ses
craintes. Se désolant de voir des dizaines de maires, livrés pieds et poings liés à des prestataires privés choisis sur appels d'offres parce que moins-disants... et qui s’avèrent
finalement aux abonnés absents lorsque les difficultés soudain surgissent. « Que ce soit dans l'accueil de la petite enfance ou la voirie, bientôt nous n'aurons plus assez
d'exécutants pour nous sortir de l'ornière en cas de pépin. Car dans les postes publics, il n'y aura plus que des cadres», regrette la déléguée. Or, côté confédération CFDT,
François Chérèque proposait surtout aux militants venus à Tours de faciliter les mobilités entre le public et le privé en simplifiant à la fois les régimes de retraites et en
bâtissant une protection conventionnelle des contractuels. Afin, a-t-il expliqué, de mieux répondre aux réalités des jeunes, notamment. Bousculé sur ses ambitions par des dépôts de
multiples amendements sur son texte, le Secrétaire général de la CFDT a eu beau durcir son discours et reprocher vertement au gouvernement d'infliger l'intolérable à ses
fonctionnaires sous forme d'une « désorganisation organisée » via la RGPP : si ses propos ont quelque peu rasséréné les fonctionnaires concernés, ils ne les
ont pas franchement convaincus. « On a des mots mais rien n'est acté par une résolution, c'est dommage, déplore Marielle Dussol, on a été écoutés mais pas entendus.
Il va falloir qu'on continue à convaincre. »