Suite aux violents événements survenus à Grenoble et Saint-Aignan,
Nicolas Sarkozy s'est dit décidé à mener une véritable «guerre à la criminalité». Le couplet est connu, il a dénoncé «des événements d'une extrême gravité marquant une
escalade de la violence, en particulier envers les forces de l'ordre». D'ores et déjà un policier a été nommé à la tête de la préfecture de l'Isère. Ce matin, sur Europe 1,
Brice Hortefeux pointait les carences des municipalités, majoritairement de gauche, en matière de lutte contre l'insécurité. Secrétaire National du PS, chargé de la sécurité,
Jean-Jacques Urvoas ne s'aligne pas sur le discours de ses collègues qui en appellent à un Grenelle de la Sécurité. Constatant une escalade dans les violences qui touchent les forces
de l'ordre, le député du Finistère développe la doctrine socialiste en matière de sécurité: la fin d'une politique du chiffre, une police pérenne des territoires et assumer la
complexité de la réponse en la matière.
Marianne2.fr: Interrogé sur Europe 1, Brice Hortefeux a reproché aux maires majoritairement socialistes de ne pas jouer leur rôle en matière de lutte contre la délinquance, pointant
le manque de polices municipales, de vidéo-protection, de mesures de rétorsions à l’égard des familles, voire une politique de rénovation des quartiers
défaillante ?
Jean-Jacques Urvoas: Brice Hortefeux ferait mieux de balayer devant sa
porte. Il a supprimé 5.800 postes de policiers depuis 2008. Il tente de masquer un échec dont il est le seul responsable : la dégradation de la sécurité en France. Qu’il fasse
son métier plutôt que de se défausser sur les autres. Que je sache, Hortefeux n’a pas été maire, la sécurité du territoire ne repose pas sur les maires. Il dit que les collectivités
(NDLR : majoritairement dirigées par la gauche) ont pris du retard sur la vidéo-protection. Nous ne parvenons pas à avoir aujourd’hui les chiffres du Ministère en matière
d’installation de vidéo-surveillance… Sur le fond, il ne faut pas idéaliser non plus la vidéo-surveillance. C’est un moyen qui ne pallie en rien le manque de moyens
humains.
Par ailleurs quand Hortefeux nous explique que la seule solution, c’est
la répression. Le constat, c’est qu’aujourd’hui on tire sur les forces de l’ordre. En pointant la responsabilité sur les maires et les collectivités locales, il ne fait que tenter de
masquer son propre échec. Face à une situation qui lui échappe de plus en plus, il se réfugie derrière une rhétorique musclée et volontariste qui en réalité reconnaît son impuissance
et organise le renoncement de la République. En fait, Brice Hortefeux ne cherche même plus à maintenir l’ordre, il tente juste de contenir les désordres.
Quel regard portez-vous sur les événements survenus à Grenoble et
Saint-Aignan. Tirs à balles réelles sur les forces de l'ordre, émeutes, phénomènes de vengeance. Un cap a-t-il été franchi ? Il y a là comme une impression de
« territoires perdus de la République » où le policier est perçu comme un ennemi, un intrus dans la cité ?
Ce n’est pas un phénomène nouveau. Il y a déjà eu des cas similaires
d’émeutes ou d’affrontements violents avec des policiers. Ce n’est pas un phénomène national non plus. Aujourd’hui 20% des départements concentrent 80% des phénomènes de délinquance.
Les deux faits générateurs n’ont rien de comparable mais tous deux traduisent une escalade dans les violences visant les forces de police et de gendarmerie. Aujourd’hui on tire sur
les forces de l’ordre à visage découvert. La force ne fait plus peur. Résultat, on envoie le RAID et plusieurs compagnies de CRS le premier jour. Envoyer le RAID le premier jour, cela
signale une forme d’impasse, une impuissance à régler les problèmes. Le gouvernement est aujourd’hui totalement dépassé par les évènements.
Les socialistes donnent l’impression d’en revenir toujours aux mêmes
solutions, police de proximité et Grenelle de la sécurité. Pour Hortefeux, il n’y a pas besoin de colloques, de « grenelliser ». Quelles solutions alternatives propose le
Parti Socialiste ?
Effectivement. Il est plus urgent d’agir que de parler. Il y a plusieurs
directions prioritaires
Aujourd’hui les policiers font du chiffre, il y a une dégradation très
nette des conditions de travail. Lorsqu’il était au Ministère de l’Intérieur, Sarkozy avait créé des postes, depuis il en a détruit. Il faut arrêter avec ça. En 1947, le ministre de
l’Intérieur Jules Moch disait « il faut montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir ».
Il faut évidemment territorialiser la police. Je ne suis pas un
fétichiste des mots. On pourra appeler cela police de proximité, police de quartiers. Mais on ne peut plus avoir des policiers qui passent trois jours dans un coin. Il faut une police
pérenne des territoires. Il faut également du temps, il n’y a pas que les préfets qui sautent, les policiers aussi.
Il faut arrêter ça et assumer la complexité de la réponse, il faut une
justice efficace. Si la sanction n’est pas rendue dans un délai raisonnable, elle n’aura aucun effet d’exemplarité. L’éducation est évidemment un élément prioritaire. Il faut aussi
s’attaquer aux problèmes urbanistiques, sociaux, et mettre en place une véritable politique de prévention.