Ouf ! La primaire est bientôt finie. On allait voir ce qu'on allait voir, esbaudis par cette innovation révolutionnaire, forcément révolutionnaire, qui allait radicalement changer le débat
politique. Soudain, tout devait être « transparent », lumineux même. Et les citoyens éclairés par cette modernité fondamentale de se ruer telle une nation en marche sur cette
Bastille nouvelle et pleine de promesses : la primaire.
La tyrannie des Partis, appareils vermoulus issus du moyen-âge de la démocratie, est en passe d'être vaincue. Oh, naturellement, il en restera des traces, des survivances mêmes, et pour
quelque temps encore, mais quand le sceptre est à terre, la couronne ne reste pas très longtemps en place.
Les français ont apprécié si on en juge par les résultats d'audience des trois débats télévisés mettant en scène les six candidats en lice. Apparemment la droite est prête à se laisser
séduire selon quelques confidences de Nathalie Kosciusko-Morizet ou François Fillon, dont les avis ne sont pas négligeables. Personne n'a encore mesuré les implications d'un sabordage des
partis politiques à travers ce processus nouveau, il sera bien temps d'analyser plus tard s'il en sort du mieux ou du moins bien, mais incontestablement nous venons de nous engager dans une
étape de la Cinquième République qui enfonce d'avantage encore le clou de la personnalisation du pouvoir, et laisse aux médias une part plus belle qu'avant dans la présélection des
candidats.
On ne reviendra pas sur les journalistes qui façonnent une opinion leur renvoyant la politesse à travers des sondages validant leurs intuitions, système bien huilé qui a permis à Ségolène
Royal d'être candidate en 2006 et à Nicolas Sarkozy d'être bien appuyé jusqu'à son (si lointain...) triomphe. Un petit travers qui avait propulsé DSK à l’Élysée avant que lui-même ne se
propulse dans les oubliettes de l'histoire.
Mais n'en déplaise aux exégètes du débat entre sociaux-démocrates, il fallait avoir un goût prononcé pour l'analyse marginale si on voulait trouver des différences ébouriffantes entre Baylet,
Royal, Aubry, Valls et Hollande. Ils ont tous proposé, peu ou prou, de naviguer dans les mêmes eaux du plus ou moins de dirigisme économique et d'approfondir la décentralisation, mais en
mieux que la droite.
Aucun ne veut véritablement changer le cadre très étriqué de la mondialisation et de sa déclinaison autoritaire dans nos vertes contrées : l'Union Européenne. Seul Arnaud Montebourg, cowboy
solitaire, s'est démarqué de la brochette de Pangloss persuadés du caractère indépassable de l'antique compromis libéral passé entre la sociale-démocratie et la démocratie chrétienne en
Europe. Au mieux promettent-ils un « juste-échange », là où la réalité est moins mièvre : nous sommes en guerre économique. Partout à travers le monde les puissances d'aujourd'hui et
de demain retrouvent le chemin du protectionnisme pour préparer les compétitions du futur. Sauf l'Europe.
Montebourg s'est-il vu candidat du PS, en Saint Just ressuscité, proclamant que « le bonheur est une idée neuve Europe », prêt à engager un homérique bras de fer avec nos frères
d'outre-Rhin et à bloquer dans le port du Havre les milliards de bidules consommés par nos millions de chômeurs plongés dans l'oisiveté forcée car empêchés de les produire, ces bidules ?
Peut-être ne le saurons-nous jamais.
La seule option alléchante pour la suite du débat dans ces primaires serait pourtant qu'il se hisse au second tour, la démondialisation en bandoulière et des frontières plein la bouche. On
aurait une semaine folle, un vent de panique médiatique et politique, pourquoi pas une dégradation de la note de la France par une agence de notation pour faire peur aux électeurs... Le
spectre du « Non » au TCE resurgirait ainsi que son fameux corollaire « Y'a pas de plan B ! », qui sait ?
Un revival du 29 mai 2005 quand les français taquins prouvèrent qu'ils pouvaient penser par eux-même, contre les journalistes et les sondages. Sinon les primaires n'auront été qu'un
exercice original, une nouvelle manière de consacrer ce que les instituts de sondages et les rédactions influentes auront décidé à l'avance. Pourquoi se donner tant de mal alors ? Ou pourquoi
pas. Don't act.