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Montebourg : prophète-le coin de presse

coin de presse

 

 

Montebourg : prophète mais pas en son pays

Amer face à la clémence du PS envers Jean-Noël Guérini, Arnaud Montebourg se présente comme la victime d'une vérité trop précoce. Persuadé d’avoir toujours un temps et un concept d’avance, comme avec la «démondialisation», il continue à battre la campagne en perspective de la primaire.



(Marianne2)
«Le premier qui dit la vérité, il sera exécuté », chantonne Arnaud Montebourg quand on lui parle de l’homme fort des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini, absout par le PS avec le rapport Richard. Ne cachant pas son amertume en entonnant la chanson de Guy Béart et se disant « victime d’avoir pris au sérieux sa fonction », il soutient néanmoins que « c'est surtout la défaite du parti ». En déplacement jeudi en Eure-et Loire, il ne s’est donc pas privé d’enfoncer le clou dans une interview accordée à l’Echo Républicain : « je suis inquiet que le PS soit solidaire d’élus dont les liens avec le grand banditisme apparaissent ».

Avec ces parrainages en poche – il les déposera la semaine prochaine - et 4000 volontaires recrutés pour faire sa pub dans toute la France, Arnaud Montebourg continue à battre la campagne. Réunion devant la presse locale à l’Usine Philips (délocalisée) de Dreux, rencontre d’une association qui lutte contre la privatisation d’une autoroute et meeting devant un parterre d'une soixantaine de personnes à la mairie de Lèves, dans la banlieue de Chartres : le député ne mégote pas sur les symboles. Il compte bien « faire une carte de France des patrons voyous », écouter toutes les revendications et aller à la rencontre de chaque habitant, même si le collaborateur qui l’accompagne l’admet : « il n’y pas beaucoup de monde, mais c’est un coin acquis à la droite ».

Un candidat « pole position » ?
Se présentant comme le candidat qui a toujours un train d’avance, le député de Saône-et-Loire pourrait bien être victime de sa clairvoyance. Il est « le seul de la primaire a avoir dit « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen » et à avoir « refusé d’aller au Congrès à Versailles » pour le voter. Il était « le premier à avoir dénoncé les paradis fiscaux » et est aujourd’hui le principal défenseur de la « démondialisation ». « Je suis le candidat des solutions nouvelles », affirme-t-il, le candidat « pole position » s’enflamme-t-il. « J’ai tout ce qu'il faut ».

Pourtant, au sein d'une campagne dans laquelle les débats d’idées peinent à exister, Arnaud Montebourg est loin d’être favori et ses soutiens admettent volontiers qu’il a des problèmes de communication. Au petit rituel du serrage de main, il n’est pas toujours reconnu du premier coup. Il ne peut donc faire l’économie d’une petite « présentation personnelle » lorsqu’il s’exprime en public. « Je ne suis pas un aristocrate » mais le « premier candidat arabo-morvandien à la présidence de la République » s’amuse-t-il en prosélyte du métissage. « Je descends d’une lignée de boucher charcutier », raconte-t-il. « La rosette Montebourg, le régal de toujours, c’est plutôt populaire comme slogan », insiste-t-il en jouant, cette fois-ci, sur une fibre plus « terroir ». En bon « outsider » chassant sur les terres de Ségolène Royal, le candidat de « la gauche réelle » face à une « gauche officielle », comme il se définit lui-même, espère toujours créer la « surprise » auprès des jeunes et des classes populaires.


Montebourg : prophète mais pas en son pays
Passé par « l’exercice de torture » du mediatraining, le député est à l’aise au micro. Il assène ses thèmes de campagne. La démondialisation, bien sûr – le concept-phare de son livre à 2 euros dédicacé et vendu comme des petits pains à la fin du meeting – qu’il décline au niveau économique, social et écologique : « pacte de désendettement », « remobilisation autour de l’industrie », « changement des modes de vie ». A cet effet, il appelle vivement à la « mise sous tutelle des banques avant que ce ne soit les banques qui nous mettent sous tutelle ». « On ne pourra pas faire la révolution sans se protéger », affirme-t-il en appelant à « un retour aux sources du Traité de Rome ».

« C’est ça une campagne », s’exclame Arnaud Montebourg qui sera au festival d’Avignon et à celui des Vieilles Charrues avant de redémarrer sa campagne le 21 aout lors de son traditionnel banquet républicain de Frangy (Saône-et-Loire). Ayant déjà répondu favorablement à l'invitation de BFMTV (envoyée à chaque candidat) à venir débattre à la télé, il compte bien exister dès la rentrée, à La Rochelle, en invitant ses « adversaires » à dîner. Pas au bout de ses peines face à une gauche qui joue aux Petit Chevaux pour savoir qui pourra bien battre Sarkozy, il devra, plus que jamais, faire valoir sa différence.

Misant sur le gonflement de ses troupes de jeunes recrues issues du PS, sur « le rejet des anciennes équipes » et sur « une montée » de sa popularité grâce à son « best-seller » déjà vendu à 20000 exemplaires, il estime qu'il ne lui faut pas « une légion d’élus » mais de la « détermination, de l’enthousiasme et du désir ». On sent qu’il y croit et qu’il est prêt à tout, même à s’arrêter entre deux champs en pleine Beauce pour donner une interview en direct à une radio locale dans la voiture qui l’emmène à Chartres.


Vendredi 8 Juillet 2011
Chloé Demoulin - Marianne


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