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23 Avril 2010

Retraites : un peu de sang froid
SVP
L'alarmisme sur les retraites est très excessif. Le nouveau rapport du Conseil d'orientation des retraites montre surtout qu'il faut augmenter les cotisations. En écartant d'emblée cette hypothèse, le gouvernement jette de l'huile sur le feu.
Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a examiné cette semaine un rapport actualisant ses prévisions antérieures sur les équilibres financiers des régimes de retraite, en fonction notamment de la grave crise intervenue depuis deux ans. Ce rapport doit servir de base aux discussions entre les partenaires sociaux et l'Etat, qui se sont également engagées cette semaine et qui doivent déboucher sur une énième réforme des retraites, théoriquement actée à l'automne.
La publication de ce texte a donné lieu à un déferlement médiatique catastrophiste. La palme revient probablement au quotidien Le Monde, d'ordinaire plus mesuré, qui n'a pas hésité à titrer sur les 2 600 milliards d'euros qui vont manquer pour les retraites. Rien que ça… En somme, notre système de retraite serait au bord du gouffre, menacé d'effondrement immédiat.
Cela reflète probablement les fantasmes de nombreux journalistes sur la question ; dramatiser permet aussi de vendre plus de papier ou de faire davantage d'audience ; cela correspond enfin aux intérêts de ceux qui veulent faire avaler au bon peuple des coupes drastiques dans les systèmes sociaux, mais en tout cas cette dramatisation n'a rien à voir avec ce qui ressort d'une lecture précise et attentive du rapport du COR. Que dit-il en effet ? Deux choses.
Tout d'abord, la crise a sérieusement dégradé à court terme, de l'ordre de 20 milliards d'euros, soit un point de produit intérieur brut (PIB), l'équilibre des systèmes de retraite. A vrai dire, ce n'est pas une surprise et c'est même une excellente nouvelle : on attend en effet des systèmes de protection sociale qu'ils jouent un rôle de « stabilisateur automatique » en période de crise ! Comme leurs dépenses restent stables alors que leurs recettes, indexées sur l'activité, plongent, le déficit qui se creuse automatiquement soutient l'activité et contribue grandement à éviter un enchaînement dépressif fatal. C'est évidemment un problème à terme, mais il faut chercher à le régler avec prudence, car une hausse brutale des prélèvements à court terme ou une baisse significative des dépenses pourraient casser la fragile reprise qui s'amorce tout juste.
Ce que dit ensuite le rapport du COR c'est que, sauf mesures nouvelles, ce déficit supplémentaire dû à la crise ne se résorbera que très lentement et viendra s'ajouter à celui que le COR avait déjà prévu précédemment. Alors qu'en 2007, le Conseil prévoyait un déficit de 1 % du PIB en 2020, celui-ci serait désormais compris entre 1,7 % et 2,1 % du PIB, selon les trois scénarios plus ou moins optimistes retenus pour la croissance d'ici là. De même, en 2030, on passerait de 1,6 % du PIB de déficit prévu antérieurement à une fourchette de 1,9 à 2,9 % du PIB. Ces déficits sont importants mais, en même temps, il faut raison garder : les cotisations retraites pèsent actuellement 13 % du PIB, et les scénarios du COR sont fondés sur une stricte stabilité de ce pourcentage à l'avenir. Couvrir deux points de PIB de déficit, cela consiste à augmenter les recettes de 15 % d'ici 2020. C'est important, mais ce n'est pas non plus la mer à boire…
Jusqu'ici un tabou avait prévalu dans les débats autour des réformes des retraites : malgré l'allongement de la durée de la vie et l'arrivée à l'âge de la retraite de générations nombreuses, il n'était pas question d'augmenter les cotisations. Il fallait jouer uniquement sur les autres paramètres : âge de départ, durée de cotisation, montant des retraites. Ce que montre simplement le rapport du COR, c'est que ce tabou − qui était déjà stupide avant la crise − n'est tout simplement plus tenable après, sauf à risquer de faire exploser le système. Il ne faut pas faire de démagogie à ce sujet : on peut certes envisager d'élargir l'assiette des cotisations en y incluant les revenus financiers, mais au niveau de recettes dont on parle, il faudra bien aussi augmenter les cotisations salariales et patronales. En écartant a priori toute hausse des cotisations du champ des discussions qui se sont ouvertes cette semaine, le gouvernement s'interdit donc de résoudre durablement la question du déficit des retraites, contrairement à ce qu'il prétend. Et au lieu de chercher à rassurer et pacifier une société inquiète des conséquences de la crise, il s'apprête à jeter de l'huile sur le feu en ajoutant encore de l'affrontement à la crise…
Cela fait déjà quasiment un quart de siècle que tous les trois ou cinq ans, on procède à une "réforme des retraites", qui vise invariablement à rendre le système moins généreux pour en limiter le coût malgré le vieillissement de la population.
En 1987, le coup d'envoi avait été donné avec la décision de ne plus indexer l'évolution des pensions versées aux retraités sur celle des salaires des actifs, mais sur les prix. Entraînant ainsi progressivement, au cours de la retraite, une perte sensible du pouvoir d'achat relatif des retraités vis-à-vis des autres salariés.
En 1993, intervient la réforme dite "Balladur", du nom du Premier ministre de l'époque. Le niveau de la retraite de base des salariés du secteur privé, reposant jusque-là sur le salaire des dix meilleures années, est désormais calculé sur les vingt-cinq meilleures années. Ce qui a pour conséquence d'en diminuer notablement le montant. Parallèlement, pour avoir droit à une retraite à taux plein, il faut désormais avoir cotisé quarante ans, au lieu de 37,5 jusqu'alors.
En 1996, ce sont les régimes de retraites complémentaires (voir encadré page 53) qui réduisent le nombre des points accordés chaque année à leurs cotisants, limitant par là même la retraite qu'ils leur verseront plus tard.
En 2003, la règle des quarante ans de cotisation, qui ne s'appliquait qu'au secteur privé, est étendue à la fonction publique.
En 2008, même chose pour les régimes spéciaux de retraite des grandes entreprises publiques. La durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein est également portée à quarante et un ans à partir de 2012.
En 2010, nouvelle saison du feuilleton…