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germanophile? le coin de presse

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Peut-on critiquer la politique allemande et être germanophile?

Depuis quelques jours, l'UMP s'offusque des propos d'Arnaud Montebourg à l'égard de la chancelière allemande. L'occasion pour l'universitaire Gilbert Casasus de se demander si critiquer la politique d'Angela Merkel est forcément synonyme de « germanophobie ».



(Angela Merkel - Wikimedia - (Aleph) - cc)
Sans parler « d’hystérie », le ministre des Affaires européennes, Jean Leonetti a certainement raison. Les propos d’Arnaud Montebourg de « politique à la Bismarck » sont historiquement discutables et politiquement maladroits. Mais tout aussi discutables sont ses propres paroles, selon lesquelles « cela fait soixante ans qu'on est en paix avec le peuple allemand et qu'on a construit des grandes choses. On dirait qu'on est entre les deux guerres, alors qu'on n'a jamais autant progressé sur le chemin de l'intégration européenne ». Une telle déclaration illustre à la perfection ce manque de réflexion dont témoignent beaucoup de responsables français à l’égard de l’Allemagne d’aujourd’hui.

Par manque de raisonnement ou par manque de connaissances, leur analyse ne correspond plus à la réalité allemande. Qu’ils le veuillent ou non, le modèle franco-allemand de 2011 n’est plus le même que celui né de la signature du traité de l’Élysée du 22 janvier 1963. Combien de fois faudra-t-il l’écrire, combien de fois faudra-t-il le répéter : l’Allemagne a changé depuis quelques années.

En 1978, Joseph Rovan publiait un livre au titre évocateur, L’Allemagne n’est pas ce que vous croyez. Désormais, elle n’est plus celle que les Français avaient enfin découverte et commencé à aimer. L’Allemagne était devenue la meilleure amie de la France car son sort et son avenir dépendaient de celle-ci.

Le chancelier Konrad Adenauer l’avait compris dès 1958, Helmut Schmidt en était profondément persuadé ; et quant à Helmut Kohl, il aimait ce pays dont les frontières se trouvent à quelques encablures de son lieu de naissance. Au-delà de leur raison politique, un sentiment de respect et de reconnaissance les animait pour poursuivre et approfondir les liens qu’ils avaient noués et développés entre leur patrie et la France. Ils ont écrit l’histoire de l’Europe car ils savaient ce que signifiait la relation franco-allemande.

Germanophobie ou simplement critique à l'égard d'Angela Merkel ?
Sauf qu’aujourd’hui, Angela Merkel ne le sait pas. Pourquoi se voiler la face ? La chancelière l’a prouvé depuis les débuts de la crise grecque. En lieu et place d’une Allemagne européenne, elle privilégie une Europe allemande. Dès maintenant, et encore plus d’ici une dizaine d’années, on s’interrogera sur sa manière d’agir dont le résultat est, pour l’instant, l’aggravement de la crise de l’euro. Certes, elle n’est pas la seule responsable. Mais elle est l’une des principales responsables. Comment ne pas s’étonner par exemple de sa position à propos de la Banque centrale européenne ? Au nom de son autonomie, elle refuse toute intervention. Mais au nom de la même autonomie n’a-t-elle pas cautionné, en son temps, et de surcroît comme ministre fédérale, la mise sous tutelle de la Bundesbank pour financer l’unité allemande ?

Adepte du « deux poids, deux mesures », sa crédibilité ne convainc pas, tant ses positions varient au fur et à mesure que les intérêts strictement allemands sont en jeu. D’ailleurs, son action n’a pas fini de susciter quelques réactions courroucées. L’ancien Président de la Commission européenne, l’italien Romano Prodi, n’hésite pas à déclarer dans une récente interview que « Madame Merkel sait fort bien que l’Allemagne est le pays qui a le plus profité de l’introduction de l’euro et qu’elle n’a jamais été aussi forte que maintenant…(pour poursuivre) ce que je reproche, c’est que l’on doit assumer ce leadership avec responsabilité ».

A l’exemple d’autres dirigeants politiques, étrangers et allemands, Romano Prodi en appelle d’ailleurs à la création des eurobonds. Mais la chancelière campe sur son « non » qui, presque tout le monde en convient désormais, constitue un obstacle majeur pour le règlement de la crise de la monnaie européenne. Est- ce là souffler sur les braises de cette « germanophobie » dont se vautrent depuis quelques jours la politique et la presse françaises. N’a-t-on plus le droit de critiquer un pays, de plus ami, lorsque l’on a l’impression, voire la conviction qu’il fait fausse route ? On ne comprend pas la relation franco-allemande si on ne comprend pas qu’elle n’a qu’un seul but : celui de la construction d’une Europe forte, diverse et démocratique. C’est ce qu’avaient perçu presque tous les prédécesseurs d’Angela Merkel.

Ainsi, à près de 93 ans, l’ancien Helmut Schmidt ne vient-il pas vertement de s’en prendre à cette « frime nationaliste allemande » qui, en fin de compte, dessert tout autant la RFA que l’Europe ? Alors pourquoi ne pas avoir le droit d’être « germanophobe » à l’adresse de l’Allemagne d’Angela Merkel et d’être, en même temps, « germanophile » à l’adresse de l’Allemagne d’Helmut Schmidt ? L’un a prouvé son engagement pour l’Europe et la relation franco-allemande. L’autre a prouvé tout son contraire. C’est là aussi être dur et juste à la fois.


Mardi 6 Décembre 2011
Gilbert Casasus - Tribune

 

 

 

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