Sauf qu’aujourd’hui, Angela Merkel ne le sait pas. Pourquoi se voiler la face ? La chancelière l’a prouvé depuis les débuts de la crise grecque. En lieu et place d’une Allemagne européenne,
elle privilégie une Europe allemande. Dès maintenant, et encore plus d’ici une dizaine d’années, on s’interrogera sur sa manière d’agir dont le résultat est, pour l’instant, l’aggravement de
la crise de l’euro. Certes, elle n’est pas la seule responsable. Mais elle est l’une des principales responsables. Comment ne pas s’étonner par exemple de sa position à propos de la Banque
centrale européenne ? Au nom de son autonomie, elle refuse toute intervention. Mais au nom de la même autonomie n’a-t-elle pas cautionné, en son temps, et de surcroît comme ministre fédérale,
la mise sous tutelle de la Bundesbank pour financer l’unité allemande ?
Adepte du « deux poids, deux mesures », sa crédibilité ne convainc pas, tant ses positions varient au fur et à mesure que les intérêts strictement allemands sont en jeu. D’ailleurs, son
action n’a pas fini de susciter quelques réactions courroucées. L’ancien Président de la Commission européenne, l’italien Romano Prodi, n’hésite pas à déclarer dans une récente interview que
« Madame Merkel sait fort bien que l’Allemagne est le pays qui a le plus profité de l’introduction de l’euro et qu’elle n’a jamais été aussi forte que maintenant…(pour poursuivre)
ce que je reproche, c’est que l’on doit assumer ce leadership avec responsabilité ».
A l’exemple d’autres dirigeants politiques, étrangers et allemands, Romano Prodi en appelle d’ailleurs à la création des eurobonds. Mais la chancelière campe sur son « non » qui, presque tout
le monde en convient désormais, constitue un obstacle majeur pour le règlement de la crise de la monnaie européenne. Est- ce là souffler sur les braises de cette « germanophobie » dont se
vautrent depuis quelques jours la politique et la presse françaises. N’a-t-on plus le droit de critiquer un pays, de plus ami, lorsque l’on a l’impression, voire la conviction qu’il fait
fausse route ? On ne comprend pas la relation franco-allemande si on ne comprend pas qu’elle n’a qu’un seul but : celui de la construction d’une Europe forte, diverse et démocratique. C’est
ce qu’avaient perçu presque tous les prédécesseurs d’Angela Merkel.
Ainsi, à près de 93 ans, l’ancien Helmut Schmidt ne vient-il pas vertement de s’en prendre à cette « frime nationaliste allemande » qui, en fin de compte, dessert tout autant la RFA que
l’Europe ? Alors pourquoi ne pas avoir le droit d’être « germanophobe » à l’adresse de l’Allemagne d’Angela Merkel et d’être, en même temps, « germanophile » à l’adresse de l’Allemagne
d’Helmut Schmidt ? L’un a prouvé son engagement pour l’Europe et la relation franco-allemande. L’autre a prouvé tout son contraire. C’est là aussi être dur et juste à la fois.